Guillaume le Conquérant
Guillaume le Conquérant, né en 1027 à Falaise et mort le 9 septembre 1087 à Rouen, successivement connu sous les noms de Guillaume le Bâtard, Guillaume II de Normandie, Guillaume le Conquérant, et, enfin, Guillaume Ier d'Angleterre, fils illégitime d'Arlette (ou "Herleva") et de Robert le Magnifique. Il appartient à la sixième génération des ducs de Normandie depuis Rollon.
TITRE:Duc de Normandie(1066 - 9 septembre 1087), Roi d’Angleterre
Prédécesseur: Robert le Magnifique, Harold II d'Angleterre
Successeur: Robert Courteheuse, Guillaume le Roux
Enfant de: Robert le Magnifique et de Herleva
Conjoint: Mathilde de Flandre
Enfants: Henri Beauclerc, Guillaume le Roux, Robert Courteheuse, Adèle d'Angleterre.
Enfance et adolescence Il accède au titre de duc de Normandie sous le nom de Guillaume II de Normandie à la mort de son père en 1035. Sa mère se marie alors avec Herluin de Conteville, et donne deux demi-frères à Guillaume : Odon de Bayeux et Robert de Mortain. S'en suit une période trouble, où les barons se rebellent, car son jeune âge (8 ans) aiguise l'appétit de rivaux pour le titre, ce qui coûte la vie à trois de ses tuteurs : le sénéchal Osbern de Crépon, Gilbert de Brionne et Alain III de Bretagne.
En 1050, il épouse Mathilde de Flandre fille de Baudouin V, comte de Flandre à Eu, malgré les réticences du pape Léon IX (qui prétexte un lien de consanguinité au 5e degré), non sans avoir promis la construction à Caen de deux abbayes : l'abbaye dite aux Hommes, dédiée à Saint-Étienne et l'abbaye dite aux Dames, dédiée à la sainte Trinité.
Dès qu'il est en âge, Guillaume part en campagne contre ses rivaux, ses vassaux. Avec l'aide du roi de France Henri Ier, il parvient à asseoir son pouvoir, notamment en défaisant les barons rebelles à la bataille du Val-ès-Dunes en 1047.
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Croissance du pouvoir ducalLa victoire du Val-ès-Dunes est le premier tournant du règne. Guillaume reprend solidement en main le duché. A l’occasion d’un concile à Caen en 1047, il impose de lui-même la paix et la trêve de Dieu. Les difficultés ne sont pour autant écartées puisque le duc doit compter avec l’hostilité d’une partie de sa parentèle, les Richardides. Autour de 1050, il parvient à en éliminer plusieurs : le comte de Mortain Guillaume Werlenc est banni ; Guillaume d'Arques s’exile après l’échec de sa révolte contre le duc en 1054 et enfin l’archevêque de Rouen Mauger, fils de Richard II de Normandie, doit abandonner son siège métropolitain. Guillaume confisque les fiefs du comte d’Arques, rétablit l’ordre par une habile politique de distribution des terres et contrôle plus fermement les agents du pouvoirs que sont les vicomtes. Le pouvoir du jeune duc s’appuie enfin un groupe de fidèles parmi lesquels figurent ses demi-frères, Odon de Conteville, évêque de Bayeux, Robert, comte de Mortain, un groupe de barons (Guillaume Fitz Osbern, Roger II de Montgommery, Guillaume Ier de Warenne, Roger de Beaumont...) et quelques ecclésiastiques (Lanfranc). Ils sont nommés à des fonctions importantes ou installés dans des territoires stratégiques.
Entre 1050 et 1056[7] il élargit son réseau de fidélité en épousant Mathilde de Flandre, fille de Baudouin V, comte de Flandre et nièce du roi de France, à Eu, en dépit de l’interdiction du pape Léon IX.
« Par cunseil de sa barunie
Prist une fame de haut lin,
En Flandres fille Balduin,
Niece Robert li rei de France,[8] »
Le mariage soude une alliance entre les deux plus puissantes principautés du nord de la France. Il faudra attendre le pontificat de Nicolas II pour que le couple soit absous, au prix toutefois d’une pénitence : celle de fonder deux monastères à Caen. L’abbaye dite aux Hommes, dédiée à Saint-Étienne et l’abbaye dite aux Dames, dédiée à la sainte Trinité seront ainsi élevées.
La montée en puissance du duc inquiète le roi de France. Après l’avoir aidé lors de la bataille du Val-ès-Dunes quelques années plus tôt, le capétien renverse finalement sa politique pour limiter l’expansion de son vassal normand. En 1053, il envoie une armée de secours à Guillaume d’Arques révolté contre le duc. En 1054 et en 1057, il envahit la Normandie conjointement avec les troupes du comte d' Anjou mais ces expéditions tournent court après les défaites de Mortemer puis de Varaville. Guillaume le Bâtard s’avère un prince redoutable. Son ascension est favorisée en 1060 par la mort de ses deux principaux ennemis : le comte d’Anjou Geoffroi Martel et le roi de France. Il en profite pour conquérir le Maine, état tampon entre l’Anjou et la Normandie. L’héritière du comté soumis est mariée au fils de Guillaume, Robert Courteheuse[9]. La maîtrise du Maine garantit la protection du sud du duché.
Accession au trône d'Angleterre Les prétentions de Guillaume Au milieu du XIe siècle, l’Angleterre est dirigée par le roi normanophile Édouard le Confesseur. Ce dernier avait trouvé refuge à la cour normande en 1013 lorsque son père Ethelred le Malavisé et sa mère Emma de Normandie avaient été chassés du trône d’Angleterre par Sven Ier de Danemark. Il y était resté presque trente ans avant de revenir en Angleterre pour y être couronné roi en 1042. Dans son nouveau royaume, Édouard s’entoure de Normands. Mais il n’a pas de descendance et l’enfermement de sa femme ne peut arranger la chose. Il semble qu’en 1051 ou 1052, le roi Édouard le Confesseur aurait encouragé les vues de Guillaume sur sa succession[10]. Mais le duc de Normandie a alors d’autres soucis.
Le sujet revient au premier plan quand Harold Godwinson, un grand aristocrate anglo-saxon et candidat possible à la succession d'Édouard, se rend en Normandie. Les motivations de cette visite restent incertaines. La Tapisserie de Bayeux, dont on peut soupçonner la partialité, montre Harold prêter serment de fidélité à Guillaume et renoncer à la succession au trône anglais à son profit[11]. Cependant, quand Édouard le Confesseur meurt le 5 janvier 1066, l'aristocrate anglo-saxon lui succède. Son couronnement, approuvé par le Witenagemot (ou Witan), se fait le 6 janvier 1066. Harold oppose au duc de Normandie qu'il a été trompé sur la valeur du serment de Bayeux, qui n'aurait été qu'une vague promesse sur un simple missel posé sur un coffre qui masquait les reliques d'un saint.
Guillaume proteste contre cette usurpation et se prépare à une invasion du royaume anglo-saxon.
La conquête normande de l'Angleterre
Guillaume le Conquérant, avec ses demi-frères, à sa droite Odon et à sa gauche Robert, tapisserie de Bayeux
Pour donner plus de poids à sa revendication, Guillaume débarque en Angleterre le 28 septembre 1066, et défait Harold à la bataille de Hastings, le 14 octobre, à la suite de quoi il s'empare du trône. La conquête de l'Angleterre est le sujet de la tapisserie de Bayeux. Pour parachever son triomphe, il se fait couronner dans l'abbaye de Westminster (le jour de Noël 1066), ce que continuent de faire tous les souverains anglais depuis lors. Cependant la conquête n'est pas encore achevée. L'État normand est encore fragile, et de 1068 à 1070, Guillaume lance plusieurs campagnes et fini par écraser cruellement les poches de résistance qui subsistent au nord et à l'est de son royaume.
Guillaume introduit de profonds changements, parmi lesquels une fusion du système légal anglo-saxon avec la loi normande. En 1085, il commande ce qu'on peut appeler un recensement au sens moderne, le « Livre du Jugement Dernier » ou Domesday Book, qui fait l'inventaire des hommes et richesses du royaume. Il fait aussi construire de nombreux bâtiments et châteaux, notamment la Tour de Londres, en pierre de Caen.
Après la conquête Dans les années qui suivent la conquête et la réorganisation de l'Angleterre, Guillaume doit faire face à de nouvelles menaces venues de Bretagne, où Ranulf de Gaël s'allie avec d'autres seigneurs bretons pour affronter l'alliance de circonstance du duc de Normandie et de celui de Bretagne Hoël II. Il devra également faire face aux menées agressives du comte d'Anjou Foulque le Réchin ainsi qu'à celle du roi de France Philippe Ier.
La mort de GuillaumeDevenu obèse à 60 ans, il est blessé au ventre par l'arçon de sa selle lors du pillage de Mantes-la-Jolie. Il agonise quelques jours en toute lucidité au prieuré Saint-Gervais, aux portes de Rouen. Il y meurt le 9 septembre 1087. Son corps est ensuite transporté, pour y être inhumé en l'église abbatiale de Saint-Étienne de Caen. Son fils Guillaume II d'Angleterre lui succède.
Famille et descendance En 1050, il épouse Mathilde de Flandre fille de Baudouin V, comte de Flandre à Eu. Ils auront pour enfants :
1. Robert dit Courteheuse (v. 1053-1134), duc de Normandie, il épousa Sybille de Conversano ;
2. Cécile (v. 1054 – 30 juillet 1125), entre à l’abbaye de Caen le 18 juin 1066, abbesse en 1112 ;
3. Adélise de Saint-Léger (v. 1055 – avant 1066) ;
4. Richard (1054 ou 1056 – v. 1070), entre dans les Ordres à Caen en 1066. Trouva la mort en chassant dans la même forêt que son frère Guillaume ;
5. Guillaume (1056/1060-1100), roi d’Angleterre de 1087 à 1100 ;
6. Constance (1061 – 13 août 1094), épouse Alain IV Fergent de Cornouailles, duc de Bretagne et comte de Rennes. Elle meurt empoisonnée;
7. Mathilde (1062-1112) ;
8. Adèle (1062-1137), épouse Étienne-Henri, comte de Blois, de Chartres et de Meaux en 1084 ;
9. Agathe (1064-1080), fiancée à (1) Harold de Wessex, (2) Alphonse VI de Castille ;
10. Henri (v. 1068–1135), roi d’Angleterre puis duc de Normandie. Il eut plusieurs épouses ou concubines ;
* Gundrade (v. 1063-1085) a été faussement identifié comme une fille du Conquérant. Lors de son décès au château d'Acre (Norfolk), elle est dite épouse de Guillaume Ier de Warenne, futur 1er comte de Surrey, et dans un acte relevé au Vieux Sarum, Mathilde de Flandre parle de Gundrade sous le terme « ma fille ». Ordéric Vital, lors de son mariage, spécifie qu'elle est la sœur de Gerbod le Flamand, officieux comte de Chester.
Pour certains auteurs, Agathe et Mathilde seraient la même personne…
Anecdotes * Guillaume avait une tendance à l'obésité en vieillissant.
* Il mourut quasiment seul et fut inhumé sans grande pompe ; un seigneur normand ira même jusqu'à s'opposer au passage du convoi mortuaire sur ses terres. Son palais fut mis à sac par le peuple.
* Son corps éclata quand on le plaça dans le cercueil (causé certainement par une péritonite), dégageant une forte odeur nauséabonde parmi la petite foule.
* Après les saccages de la Révolution française, il ne reste aujourd'hui de son squelette qu'un fémur et une mâchoire qui a permis d'établir que Guillaume le Conquérant avait une taille d'environ 173/174 centimètres, plus grand que la moyenne pour l'époque.